Papillon de nuit

Cathy Garcia
delit2poesie@wanadoo.fr


Au coin d’une rue,
Peut-être la nuit,
C’est ton regard qui m’attire!
Ce papillon noir qui fuit,
Cette fièvre étrange,
Cette pâleur sauvage…
Te savais-tu androgyne?

Qui es-tu, drôle de créature?
Tu m’as rappelé bien des souvenirs…
Ton corps tendu qui se dérobe,
Tes mains de rustre qui cachent poème
Et ce murmure rauque qui coule dans tes veines,
Le souffle du chat!

Oui je sais, toi, tu n’attends personne,
Mais moi, vois-tu, on ne m’attend pas!
On me croise, simplement
Et parfois sous la lune
Quand je me glisse entre ses doigts
Mais j’avoue ton filet l’air de rien
M’intrigue et me fascine!

J’ai rêvé que ton âme s’ouvrait à moi
Noircie comme les pages d’un livre.
Nous avons dû certainement, toi et moi,
Nager autrefois en des eaux communes,
Peut-être bien sur cette autre planète
Imaginaire, je présume…

Je ne sais pourquoi, au coin d’une rue,
Peut-être est-ce la nuit,
Papillon qui se noie,
J’attends encore.


JE BOIS

Je bois au luxe pâle des galeries
dans le lit des rivières sacrées,
Aux mosaïques lumineuses
du panthéon des muses
Et leurs attelages de félins!

Je bois à l’odeur circassienne
des musiques de départ,
Au goût frais et humide du voyage,
Aux atomes de rêves dans le sang,
Je bois au désir de révolte
qui bat dans les cœurs limpides
Et à la vérité qui chemine
aveuglée de poussière!

Je bois le désert, je bois la soif,
Je bois comme je marche,
Jusqu’à la réflexion ultime,
Jusqu’au miroir insondable,
Cette source glacée
qui nous a enfantés!

Je bois au centre du cercle
Et je bois aux quatre directions,
Je bois les étoiles cachées sous le sable,
Je bois les parfums cachés sous la peau.

Je bois à la magie, à l’union, au mystère,
Je bois la flamme et la révélation.
Je bois à l’être singulier
Qui donne ses sens aux multitudes!

Je bois les frissons du vent
Et la montée de la rage,
Je bois aux anges dégringolés,
Je bois le rire de l’Homme à l’infini.


OISEAUX II

Oiseaux fous, oiseaux ivres,
Fuyant par milliers
Le vacarme des cités tendues,
Prêtes à exploser.

Oiseaux fous,
Oiseaux ivres,
Portant haut
Le vaste drapeau déchiré
Du ciel,
Vos cris se perdent
Sur les océans migrateurs,
Vos plumes se mêlent
A leurs pleurs
Et rougissent
Les pages du monde.
Nuit d’encre
Où se noient
Les rêves
de l’albatros.

Poète,
Marche,
Vole!
Les hommes
Riront toujours de toi!

Tailler les jours
Entailler l’os,
La marée épaisse
Des rêves écorchés.
Oter à l’oiseau
Le droit de voler
Oter à l’humain
Toute volonté,
Couper les ailes
Trancher la main
Fabriquer des implants
De haine,
Des lois taillées
Sur des peaux blêmes,
Et pour mieux encore
Manipuler,
Pénétrer au cœur même
du sang
Et du gène!
Brider l’oiseau
Briser l’humain,

Mais toi poète,
Marche,
Vole,
Que les Hommes,
S’il en reste,
Puissent encore rire,
De toi!


SEL

à fleur
de peau
affleure
le sel
jouissance
humide
originelle

les yeux
rougis
désir
brûlure
sel
corrosif
du
manque

lèvres
scellées
le sel
silence
crevasse
secrète

sexe
aisselle
écrins
creusés
le sel
senteurs
marées
matrice

la paume
rongée
plaie
ouverte
le sel
corrompu
labeur
insensé

langue
réceptacle
le sel
son goût
de soif
insatiable
de vie.


URBAINE I

la ville
de bruits
de lumières
sa misère
traîne au lit
matin crasse
coulé
gris tournis
dans lavabo
journée
nausée
in caniveau
la ville
ne peut
s’enfuir
incarcérée
bouclée
périphérique
et au-delà
banlieues
meurtries
visent
le cœur
déjà mort
point de mire
cités colères
débris de
vitrines
de rire
d’égout
débordant
la ville
couturée
de bitume
sirènes
tapageuses
la ville
éblouie
de phares
de bleu tournis
tousse
crache
sang
cervelle
bétonnée
la ville
évanouie
dans
l’éclat
meurt !


LUCIOLE

tu es
beau
de cette beauté brute
encore un peu gauche
bougonne
farouche
tes pommettes tes yeux
me parlent d’un ailleurs
que j’ai déjà connu

comment pourquoi
résister
à l’appel tendre
trouble
instant volé
esquisse des gestes
en équilibre
étonnés d’eux-mêmes

comment pourquoi
oublier
cette lumière
au dedans
au-dehors
le vent qui berce
sur nos têtes
la cime des arbres
en partance
imaginaire
l’odeur du bois
le grognement de la chienne
et même la nuit
soûle d’étoiles
qui se roule à terre

comment pourquoi
s’arracher des lèvres
ce goût d’effraction
tu es vois-tu
de ceux qui me voient
comme je me rêve
l’illusion
est si belle

vaut bien la blessure
que tu ne manqueras pas
de me faire


M’AIMES-TU?

quand je suis fauve
à griffes d’air
qui fend le ciel
foule la terre
des crocs
des serres
à déchirer le cœur
du soleil

quand je suis l’eau
roule galets
hanche qui bondit
remous secrets
eau     sable    lumière
qui t’envahissent
la bouche
baiser du serpent
flamme fumée
la chanson
le parfum
qui te font
pleurer

quand je suis chatte
des gouttières
vagabonde
folle de lune
rêve tordu
fugue éclopée
reine des impasses
semeuse d’espoir
sur laine de verre

quand je suis là
et que je n’y suis pas
quand j’entends des violons
qui n’existent point
quand j’oublie les mots
les gestes
qui bafouillent    je t’aime
quand je naufrage au revers
d’un alcool de brume
ma robe est noire
mes yeux brûlés
des accents
tziganes
me font couler

quand je ris sans savoir
pourquoi

quand j’ai peur
de tout de vivre    de moi
quand je rage de ne pouvoir
fuir    encore et encore
faire tourner le monde
à l’envers
quand je trépigne et cabriole
sans bouger
d’un cil
d’un fil
quand je dis
le convenu
le superflu
et omet
l’essentiel

quand mes sourires
tournent grimaces
que je tremble et grince
que le vent se lève
tempête dans ma tête
gicle à mes lèvres
un jus noir amer
que tes mots ne m’atteignent
pas
plus
qu’explosent les ponts
les piliers
de compréhension

et qu’un samouraï délirant
à la douceur assassine
s’arrache les entrailles
pour dérouler à mes pieds

l’histoire d’une vie
ratée
ma vie

m’aimes-tu dis
m’aimes-tu
encore ?


PAN URGE!

le mouton transgénique
égayé en troupeaux
sur les plages
ne fond
ni dans les mains
ni dans la bouche
seulement il éjacule
et le sable avale
le sable avale tout

girouette
maquée au vent
je viendrais moi aussi
me pointer à ton large
je viendrai la nuit
nue comme l’épice
sous ton pilon

je viendrai manger le sable
le sable qui avale tout
manger le monde
et ton sperme avec

et je recracherai
de tous mes orifices
trahison mensonge
vérités de papier
les histoires
nos histoires

et je me viderai
du monde
me viderai de toi
vomirai des larmes
strychnine
juste
pour rire
juste

quelques éclats
en miettes
dans ma paume

on en fera des baumes
on en fera des hommes


VA!

va nus pieds
fouler la poussière
les sentiers
des exils solitaires

boire à la source
la fontaine étrange
qui jamais ne tarit

à
nos folies
nos errances
nos inéquations

à l’amour
sans boiter
sans chuter
sans dépendance

renoncer à ramper
aux pieds des astres
maquillés

veiller la seule étoile qui vaille
dans son berceau de paupière
le flamme qui ne meurt pas
qui ne ment pas non plus

moi je cherche une ivresse
qui baigne
et ne cogne pas
n’enferme pas le sang
dans une cage d’acier

alors je me dénude
et laisse le vent filer

va !


SERRE GORGE

La pluie fait des copeaux au creux  des abreuvoirs
Les yeux des oiseaux le disent le ciel devient trop noir
Octobre enragé déchire les arbres
cochés de rouge.  Les crapauds pleurent
sur la vieille margelle.

tu le sais
jamais tu ne retourneras
sur tes pas
ou ceux d’un autre

et ta main lasse de serrer la miellée
s’entrouvre pour la laisser couler
alors se laissent compter
les regrets enfilés un par un
à ton serre-gorge

tu sais
le sang
l’aube
la fêlure du regard
où s’engouffre
la lumière

et sur le trou sur le
manque
tu poses la première syllabe
d’un nouveau cycle
de sable

tu sais
tu sais la roue qui
éparpille
dissout
tu sais l’alternance
la vanité

puis tu oublies et courbée sur l’enclume tu commences à forger
un nouveau
serre-gorge


URBAINE  II

sous l’ongle
l’écharde
le rouge
du passage
forcé
l’ennui
le mensonge
posé
la nuit
efflanquée
aux paupières mauves
mangées par l’effort
de tenir
et tenir encore
serrée contre soi
la petite douleur
de l’amour
la valise du vieillard
rongée par l’humide
souvenance
les vautours
aux cous flasques
font le guet
les poches crèvent
d’un trop de vide
la mémoire bouffie
tachée d’huile rance
de miettes grises
les villes se couchent
des chiennes fatiguées
d’avoir trop mis bas
rêves et crapules
et se laissent mourir
sous les phares
de feinte opulence
et sous les ongles
au vernis écaillé
crâne la crasse
civilisée.


MA THÉMATIQUE

sur l’abscisse désordonnée de mes amours
j’ai posé
la circonférence
d’une lune pleine

sur les sinuosités de ma sauvagerie
j’ai lâché des aigles
brûlants
et aimé sentir ma chair
se détacher
par petits bouts

sur mes désirs parallèles
j’ai tendu des ponts
des passerelles instinctives
pour attirer la foudre
balafrer la plénitude
de mes courbes peut-être trop
maternelles

l’oiseau de nuit
s’acharne à prévenir
qui n’a pas d’oreilles
qui ne veut pas en avoir
effeuillage

un peu beaucoup
passionnément
pas du tout
je t’aime
veut tout
et rien
dire


SOL Y TIERRA

le vent
entre chien et loup
la lune cachée
dans le haut tilleul
la douceur
léger frisson
imperceptible
sortilège

les démons de gouttières
miment le combat
quatre ombres
apparaissent
disparaissent
froissent les herbes

le val de mes seins
invite à la balade
ma pensée va à l’homme
mais dieu siffle mon âme
comme on siffle un chien
et mon âme danse
une joie
soûle d’espace
solitaire

sol y tierra
et le vent aussi
et le vent…


Accessoiristes d'un soir aux méninges troublées

quel rivage pour les clandestins
et pour quel festin?

le jeu?

faire l’amour farfelu
divaguer avec des truies
puiser dans la nuit
les liqueurs illicites
les parfums mystiques
et la pluie
étonnée
nous rejoindrait à la nage?

quand les longs doigts du rêve
pénètrent le réel
le frottement crée
des étincelles
des jouissances qui flambent
comme des allumettes

bile noire
lettres impossibles
et le rire
éclatant du soleil
profite, profite
des souffles ultimes
petite sœur
et ne joue pas avec les allumettes

il fait froid aujourd’hui
le monde est froid
le cœur grelotte
il pleut de tristesse
romanesque
cet automne
à la gorge
commence à serrer

se mettre à l’abri
en hauteur
ne pas se prendre
le plein fouet
le versant nu
de nos extrêmes
fragilités

la solitude me joue des tours
fait des grimaces
pour m’effrayer
le cœur dans son terrier
tremble comme lapereau

chercher l’autre rive
des yeux seulement
des paysages projetés
crachés à nos faces

le mythe usé jusqu’au nerf
maudit
au taux destructeur

sous les doigts s’effrite la surface

et si on n’était pas aussi fort
que l’on croyait?
et si?

après A vient Z
la connaissance
des raccourcis

crépuscule en chute libre
froide et magnifique
comme une auréole boréale
visage zébré
bris de glace
vague fossile

ça ressemble à quelque chose que je suis peut-être censée connaître
ce malaise
qui étreint le cœur
l’exalte
cette douceur orpheline

reptation lente
inexorable
et qui jusque là était passée inaperçue
parce que l’immensité
peut tenir sur une feuille
en suspens
sur un fragment de mot
pénétré d’un silence

nous adultes avortés
faisons de l’art comme on cherche la surface
de l’art ou bien autre chose
pour ne pas se noyer
mais tout se résume à
«cherche cherche!»
avec la ferveur des chiens
la dévotion des chiennes…
et un peu de leur brute
chaleur

ani-mots
le bas-monde a son rythme propre
son langage ordurier
ses ouvriers ses manœuvres
et des antres de fées
des langues enchanteresses

de A à Z
on la tient la belle histoire
deux lettres
faut juste la coucher
sur le papier
consentante
fiévreuse

la belle histoire la drôle d’histoire
des étranges nuits infra-éternelles
_________________________________________
©   Kathy García

LA CASA DE ASTERIÓN
ISSN:  0124 - 9282

Revista Trimestral de Estudios Literarios
Volumen VII – Número 25
Abril-Mayo-Junio de 2006

SUPLEMENTO LITERARIO CARIBANÍA
ISSN: 0124 - 9290

DEPARTAMENTO DE IDIOMAS
FACULTAD DE CIENCIAS HUMANAS - FACULTAD DE EDUCACIÓN
UNIVERSIDAD DEL ATLÁNTICO
Barranquilla - Colombia

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PORTADA
VOLUMEN VII - NÚMERO 25